Bernard BUFFET est l’une des grandes figures de l’art français d’après-guerre, et ses estampes comptent parmi les plus connues du XXe siècle. Ses gravures et ses lithographies, produites par centaines tout au long de sa vie, font aujourd’hui la réputation de l’artiste autant que ses toiles. Pour qui débute une collection d’estampes modernes, c’est un excellent point d’entrée : un artiste majeur, durablement recherché par les collectionneurs, un trait immédiatement reconnaissable, et des estampes qui permettent d’acquérir une œuvre originale à un prix raisonnable, nettement inférieur à celui de ses peintures.

Bernard BUFFET
Le Hibou, 1984
Gravure originale, épreuve d’artiste
(E.A. X/XXX), signée au crayon

Bernard BUFFET
Bouquet de jonquilles et lilas, 1996
Lithographie originale,
numérotée et signée au crayon
Le chef de file du misérabilisme
Bernard BUFFET naît à Paris en 1928. Il entre aux Beaux-Arts à quinze ans, et dès 1948, à vingt ans, il remporte le Prix de la Critique. Le succès est immédiat : on le présente comme l’enfant prodige de l’après-guerre.
Sa peinture est alors rangée sous une étiquette, celle du misérabilisme. Le terme désigne un courant figuratif de l’après-guerre, qui peint un monde pauvre et dépouillé : intérieurs nus, natures mortes austères, visages creusés, Christ en croix, couleurs éteintes. Buffet y est associé dès 1948, avec d’autres jeunes peintres comme Paul Rebeyrolle, André Minaux ou Bernard Lorjou, réunis autour du groupe « L’Homme-témoin ». À une époque où l’abstraction gagne du terrain, ils choisissent de rester figuratifs et de montrer une réalité sans fard, dans le climat d’une France qui sort de la guerre et du rationnement.
Le style de Buffet se reconnaît d’un coup d’œil : formes anguleuses, personnages décharnés, aplats ternes, et un trait noir nerveux qui cerne chaque forme. C’est la clé pour comprendre ses estampes. Un graveur, c’est d’abord quelqu’un qui dessine avec une pointe ou un crayon gras, et le style de Buffet s’y prêtait naturellement. On a parfois l’impression que le papier était sa vraie matière, et que la peinture n’était qu’un dessin agrandi.
La gravure : le trait à nu
Buffet pratique la gravure sur métal dès la fin des années 1940. Son œuvre gravé est en grande partie réalisé à la pointe sèche, une technique où l’on incise directement la plaque de cuivre, sans passer par l’acide. Le geste est franc et ne pardonne pas l’hésitation, ce qui convient bien à son dessin sec, anguleux, presque griffé.
Dans ses gravures, la ligne fait tout le travail. Pas de dégradés ni de grands aplats : des hachures, des contours durs, et un papier blanc qui laisse respirer l’image. Ses paysages urbains, ses natures mortes et ses portraits y gagnent une tension que la couleur adoucirait. Le misérabilisme y apparaît sous sa forme la plus pure : le trait seul, sans fard.

Bernard BUFFET
La Rue, 1955
Gravure référencée sous le n° 10, numérotée et signée au crayon
La lithographie : l’atelier Mourlot et les grandes séries
C’est surtout en lithographie que Buffet a produit en nombre. Comme beaucoup de grands artistes de son époque, il travaille avec les ateliers parisiens, en particulier chez Mourlot, où Pablo Picasso, Marc Chagall ou Joan Miró étaient des habitués.
La lithographie lui permet d’aborder des projets plus ambitieux que la gravure isolée : des séries entières, pensées comme des ensembles. On y retrouve ses grands thèmes : le cirque et ses clowns, les villes (Paris, New York, les villes de France), les fleurs, les oiseaux, la corrida, les natures mortes. Il a aussi illustré des livres, dont une édition de L’Enfer de Dante, vaste entreprise de lithographies à l’image de l’ampleur du texte, et consacré des lithographies à Don Quichotte, ce chevalier maigre et solitaire dont la silhouette longiligne semblait faite pour son dessin.
Si les peintures de jeunesse de Buffet sont sombres, certaines lithographies déploient des couleurs franches (jaunes, rouges, verts, bleus intenses), toujours cernées du même trait noir. Ce contraste entre l’éclat de la couleur et la dureté du dessin donne à ces estampes une présence très affirmée, y compris dans de petits formats.

Bernard BUFFET
Marguerites dans un mazagran, 1985
Lithographie n° 466 (Sorlier, tome II),
numérotée et signée au crayon

Bernard BUFFET
Bouquet de fleurs, circa 1983
Gravure, éditions Lacourière/Frélaut,
numérotée et signée au crayon
Les albums et portfolios : l’exemple de Don Quichotte
Au-delà des planches isolées, Buffet a réalisé plusieurs albums, c’est-à-dire des ensembles de lithographies conçus, imprimés et publiés ensemble, le plus souvent autour d’un texte littéraire. L’album désigne l’ensemble publié ; le portfolio est la chemise ou l’emboîtage qui le contient. Un album se présente ainsi généralement dans un portfolio, avec une page de titre et une justification du tirage, qui précise le nombre d’exemplaires, leur répartition et leur numérotation. Chaque planche y est numérotée et, le plus souvent, signée par l’artiste. Cette organisation en fait un objet de collection à part entière : l’ensemble a été pensé comme un tout, et c’est sous cette forme qu’il se comprend le mieux.
L’album Don Quichotte de Bernard Buffet, d’après le roman de Cervantès, publié à Paris par Maurice Garnier, éditeur, et achevé d’imprimer en 1989, en est un exemple particulièrement représentatif. Cet ouvrage, présenté dans un portfolio toilé, comprend dix lithographies originales en couleurs, réalisées sur vélin d’Arches et tirées sur les presses de l’Imprimerie Mourlot. Les textes de Cervantès y sont calligraphiés par Buffet lui-même, dont l’écriture anguleuse, la même que celle de sa signature, se retrouve jusque dans la page de titre, la justification du tirage et la table des illustrations.

Don Quichotte, 1989
Maurice Garnier éditeur
Portfolio toilé de l’album

Page de titre
Cervantès, Don Quichotte,
lithographies par Bernard Buffet

Justification du tirage
Exemplaire n° 13/200,
signé au crayon par l’artiste
Les dix planches suivent le fil du roman : Don Quichotte, Don Quichotte dans sa bibliothèque, Sancho Pança, La Rencontre avec les muletiers, Les Moulins à vent, Les Troupeaux de moutons, Don Quichotte en cage, Sancho Pança et la huppe, Don Quichotte et la duègne barbue et Don Quichotte et les oiseaux. Buffet y oppose la silhouette émaciée du chevalier, au visage creusé et aux cheveux hérissés, à la corpulence arrondie de son écuyer, dans des scènes cernées de son trait noir habituel, que des aplats de couleur franche viennent relever.
Le tirage est de 235 exemplaires, répartis comme suit :
- 30 exemplaires de tête, numérotés de 1 à 30 sur 200, comportant une suite des noirs seuls numérotée de 1 à 30 sur 30 ;
- 170 exemplaires numérotés de 31 à 200 sur 200 ;
- 10 exemplaires d’artiste, numérotés de I à X sur XXX, comportant une suite des noirs seuls numérotée de I à X sur X ;
- 20 exemplaires d’artiste, numérotés de XI à XXX sur XXX ;
- 5 exemplaires réservés aux collaborateurs du livre, lettrés de A à E.
La justification précise que toutes les planches sont signées par l’artiste. La suite des noirs seuls, réservée aux exemplaires de tête et aux dix premiers exemplaires d’artiste, présente le même dessin débarrassé de la couleur : on y lit mieux la construction du trait, proche de celle de la gravure.

Bernard BUFFET
Don Quichotte, 1989
Épreuve en couleurs, 13/200

Bernard BUFFET
Don Quichotte, 1989
Suite en noir, 13/30

Bernard BUFFET
Don Quichotte dans sa bibliothèque, 1989
Épreuve en couleurs, 13/200

Bernard BUFFET
Don Quichotte dans sa bibliothèque, 1989
Suite en noir, 13/30

Bernard BUFFET
Les Moulins à vent, 1989
Épreuve en couleurs, 13/200

Bernard BUFFET
Les Moulins à vent, 1989
Suite en noir, 13/30
Pour le collectionneur, un album se juge d’abord à sa complétude : toutes les planches, la page de titre, la justification du tirage et le portfolio d’origine. Il convient de vérifier que la numérotation est cohérente d’une planche à l’autre et avec celle de la justification (ici, l’exemplaire n° 13/200 est un exemplaire de tête, accompagné de sa suite des noirs numérotée 13/30). Les planches sont parfois vendues séparément : elles restent des lithographies originales signées, mais un album complet, avec ses documents d’origine, conserve en général une valeur supérieure à la somme de ses planches, et sa dispersion est difficilement réversible.
Une œuvre prolifique, et pourquoi c’est une bonne nouvelle
Buffet a énormément produit, et cela a longtemps joué contre lui. Dans les années 1970 et 1980, une partie de la critique lui reprochait cette abondance, et le monde de l’art s’est détourné de lui. Il est pourtant resté très populaire auprès du public, en particulier au Japon, où un musée entier lui est consacré. Depuis, sa réputation s’est rééquilibrée : la grande rétrospective du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, en 2016, l’a remis au premier plan.
Pour le collectionneur, c’est plutôt une bonne nouvelle. Une œuvre abondante, c’est un vaste choix, entre séries célèbres et pièces isolées, petits formats et grandes compositions. On peut commencer modestement et monter en gamme au fil de ses découvertes.
Un artiste parmi les plus recherchés du marché
Cette abondance ne dilue pas l’intérêt des collectionneurs, bien au contraire. Bernard BUFFET fait partie des cent peintres les plus cotés au monde, et sa cotation est à la fois soutenue et constante : elle ne dépend pas d’un effet de mode ou d’une exposition récente, elle se maintient d’une année sur l’autre. Ses toiles atteignent des prix élevés en ventes publiques, et cette demande de fond profite à l’ensemble de son œuvre.
L’estampe en bénéficie directement. Les gravures et lithographies de Buffet sont activement recherchées par les collectionneurs, en France comme à l’international, et le marché est suffisamment actif pour qu’une pièce de qualité trouve preneur sans difficulté. Pour un amateur, c’est un point à ne pas négliger : on acquiert une œuvre originale d’un artiste dont la reconnaissance ne se discute plus, à un prix raisonnable. L’estampe de Buffet n’est pas bon marché, mais elle reste nettement moins chère qu’une peinture. On achète d’abord une estampe pour le plaisir de la regarder, mais savoir que l’artiste est durablement valorisé est un confort supplémentaire.

Bernard BUFFET
Le Clown Rouge, 1968
Lithographie de la suite Mon Cirque, référencée sous le n° 139 (Sorlier, tome I)
Les catalogues raisonnés
Comme pour Picasso, le premier réflexe est de consulter le catalogue raisonné. Pour l’estampe de Buffet, trois ouvrages font référence : un pour la gravure, deux pour la lithographie. Tous ont paru du vivant de l’artiste, entre 1979 et 1987.
Bernard Buffet graveur (1948-1980)

Ce catalogue de l’œuvre gravé, de 1948 à 1980, a été rédigé par Maurice Rheims et publié en 1983 par les Éditions d’Art de Francony et les Éditions Maurice Garnier. Il compte 244 pages et reproduit 367 pointes sèches, réparties entre des estampes et huit livres illustrés. Maurice Garnier, marchand et éditeur historique de Buffet, a donc accompagné la publication de ce volume.
⬅︎ Couverture de Bernard Buffet graveur, Maurice Rheims, 1983
Bernard Buffet lithographe I (1952-1979)
Le premier volume consacré aux lithographies est l’œuvre de Charles Sorlier, lithographe de l’atelier Mourlot, connu notamment pour avoir travaillé avec Marc Chagall. Il recense les lithographies originales publiées de 1952 à 1979, et a paru en 1979 aux Éditions Michèle Trinckvel (Draeger), à Paris. Il présente 325 lithographies reproduites, pour la plupart en couleur, et comprend trois lithographies originales, dont la couverture et deux hors-texte.
Couverture de Bernard Buffet lithographe I, Charles Sorlier, 1979 ➡︎

Bernard Buffet lithographe II (1979-1986)

Le second volume, également de Charles Sorlier, couvre les lithographies publiées de 1979 à 1986 et a été publié en 1987 par les Éditions André Sauret, à Monte-Carlo. Il est préfacé par Sylvie Forestier et répertorie les numéros 326 à 515, avec un complément au premier volume.
⬅︎ Couverture de Bernard Buffet lithographe II, Charles Sorlier, 1987
Comment s’en servir
Les lithographies de Buffet sont généralement citées par leur numéro dans le catalogue de Sorlier : on trouve par exemple la mention « Sorlier 435 » dans les descriptions d’œuvres. Les trois ouvrages recensent les estampes, reproduisent les images, et donnent les informations essentielles : technique, dimensions, date, imprimeur, tirage. Les gravures s’arrêtent à 1980 et les lithographies à 1986 : les œuvres postérieures à ces dates ne figurent donc pas dans ces volumes.
Que vérifier en comparant votre estampe au catalogue ? Les dimensions de l’image et du papier, la technique, l’imprimeur, le nombre d’exemplaires du tirage, et la présence ou non d’une signature. Un détail qui ne concorde pas peut vouloir dire qu’il s’agit d’une autre version, ou d’une reproduction.
La signature de Buffet
La signature de Bernard BUFFET est facile à reconnaître : de grandes lettres anguleuses, tracées d’un geste rapide, dans le même esprit que son dessin. Elle apparaît sous trois formes bien distinctes, qu’il ne faut pas confondre : la signature au crayon, la signature à l’encre et la signature dans la planche.
La signature au crayon
C’est la signature tracée à la main par l’artiste sur l’épreuve, une fois le tirage réalisé. Elle figure en bas à droite en général, accompagnée de la numérotation en bas à gauche, également au crayon (par exemple 45/120). Chez Buffet, la numérotation est la norme, ce qui donne tout son sens à la mention « E.A. » (voir plus bas).

Signature au crayon de Bernard BUFFET,
en bas à droite de l’épreuve
La signature à l’encre
Quelques lithographies, dont principalement celles de la série du cirque, ont été signées à l’encre. Comme la signature au crayon, il s’agit d’une signature manuscrite, tracée par l’artiste sur l’épreuve : seul l’outil change. Le trait est plus appuyé et plus régulier que celui du crayon, et il se distingue d’une signature imprimée par l’absence de points de trame à la loupe.

Bernard BUFFET
Clown à la trompette, 1968, série du cirque
Lithographie référencée sous le n° 145 (Sorlier, tome I), numérotée 7/120 et signée à l’encre
La signature dans la planche
Beaucoup de lithographies portent une signature « dans la planche », que l’on dit aussi « dans la pierre ». Elle est dessinée par l’artiste sur la pierre ou la plaque lithographique, en même temps que l’image, et imprimée avec elle. Elle fait donc partie de la lithographie elle-même, et elle est parfois accompagnée de la date.
Il s’agit de lithographies authentiques, et il en existe de très belles. Cette mention se décrit simplement pour ce qu’elle est : une lithographie signée dans la planche, par opposition à une lithographie signée au crayon ou à l’encre. Ce sont des informations différentes, qui comptent au moment de décrire et d’estimer l’œuvre.

Bernard BUFFET
Les deux oiseaux, 1967
Lithographie référencée sous le n° 104 (Sorlier, tome I), signée dans la planche
Reproductions et faux : le bazar des plateformes
C’est un sujet important : comme pour tout artiste reconnu et coté, il existe des faux de Bernard BUFFET. Plus un nom est recherché, plus il attire les contrefaçons et les ventes trompeuses, et Buffet n’y échappe pas. Sur les plateformes de vente en ligne généralistes, de nombreuses annonces présentées comme des « lithographies de Bernard BUFFET » ne concernent pas des lithographies originales, et le cas est très fréquent. Ce sont des impressions offset, des affiches, des pages de livres ou de catalogues, des reproductions photomécaniques de lithographies ou de peintures. Certaines sont vendues honnêtement comme telles, d’autres reçoivent des artifices pour passer pour des estampes originales.
Voici les plus courants :
- La signature imprimée. Sur une reproduction, la signature est imprimée avec le reste de l’image, ce qui peut donner l’illusion d’une signature à la main. Une loupe suffit souvent à trancher : une signature au crayon se voit dans le grain du papier, alors qu’une signature imprimée se décompose en minuscules points de trame, comme le reste de l’image.
- La numérotation imprimée. Même procédé : le « 45/120 » est imprimé, et non tracé au crayon. Quand plusieurs exemplaires affichent exactement le même numéro, le doute n’est plus permis.
- La fausse cuvette. La cuvette est le creux laissé dans le papier par la plaque de métal lors du tirage d’une gravure. Sur certaines reproductions, on trouve une cuvette gaufrée après coup, pour imiter une gravure. Elle est souvent trop régulière, et ne correspond pas aux limites réelles de l’image. À noter qu’une lithographie, imprimée à plat, n’a normalement pas de cuvette.
- Le papier. Les estampes de Buffet sont tirées sur de beaux papiers (on rencontre souvent de l’Arches ou du Rives), épais, mats, au grain visible. Une reproduction se trouve plus souvent sur papier couché, brillant ou fin.
- Le vocabulaire. « Tirage d’art », « estampe d’art », « lithographie d’après », ou même « signée dans la planche » : certaines descriptions emploient ces mentions pour désigner de simples reproductions. Seules la loupe, la comparaison au catalogue raisonné et la photo du papier permettent de trancher.
- Le prix. Un tarif très inférieur à ceux du marché doit alerter, d’autant plus que la demande pour Buffet est soutenue.
Ces faux sont parfois grossiers, et se reconnaissent assez vite. Le sujet est imprimé d’après une véritable lithographie, à laquelle on ajoute une fausse numérotation et une fausse signature : cette pratique est absolument interdite. D’autres faux sont imprimés directement à partir d’épreuves authentiques, numérotées et signées, la numérotation et la signature étant alors imprimées avec l’image. Dans les deux cas, ce sont des tirages illicites, l’œuvre de l’artiste étant protégée par le droit d’auteur. Certaines pièces enfin sont de simples copies d’après l’artiste, qui ne sont pas de sa main.

Faux grossier
d’après une véritable lithographie
Fausse numérotation (14/375)
et fausse signature

Faux grossier
d’après une véritable lithographie
Fausse numérotation (112/175)
et fausse signature

Copie
d’après Bernard BUFFET
Œuvre qui n’est pas
de l’artiste
Le réflexe à avoir : demandez des photos en haute définition de la signature, du papier et du verso, comparez l’œuvre au catalogue raisonné, et privilégiez un vendeur qui accepte de répondre précisément à vos questions.
Les épreuves d’artiste (E.A.) chez Buffet
Bernard BUFFET était un artiste très pointilleux sur ses tirages. De vraies épreuves d’artiste existent, mais elles sont rares, et elles sont numérotées comme le reste de l’édition.

Bernard BUFFET
Bouquet de soucis dans un vase, 1985
Lithographie originale, épreuve d’artiste (E.A. XII/XXX), signée au crayon
On rencontre par ailleurs des estampes simplement justifiées « E.A. », sans numéro. Dans la grande majorité des cas, il s’agit de surtirages : des exemplaires imprimés en plus de l’édition officielle, dont la justification ne correspond pas à une épreuve d’artiste au sens strict.
Elles peuvent porter une signature authentique, mais elles ne figurent pas dans le tirage voulu à l’origine, et leur valeur auprès des collectionneurs est moindre que celle d’une estampe numérotée. On en trouve beaucoup sur le marché, et il est utile de savoir les reconnaître pour les décrire et les estimer correctement.
Il existe toutefois une exception, qui reste rare : les épreuves que l’artiste destinait à ses proches. Celles-ci portent la mention « E.A. » de la main de l’artiste, et sont le plus souvent dédicacées. Ce n’est pas un tirage commercial, mais un geste personnel, que la dédicace et l’écriture manuscrite permettent de reconnaître.

Bernard BUFFET
Dante, 1976
Gravure référencée sous le n° 358, éditions Lacourière/Frélaut
Justification « E.A. » et signature au crayon authentiques
Le réflexe à avoir : devant une estampe de Buffet justifiée « E.A. » sans numéro, vérifiez sur quelle base elle est présentée et consultez le catalogue raisonné. Si l’estampe est dédicacée, il est également utile de savoir à qui elle était destinée et comment elle est parvenue jusqu’à son propriétaire actuel : cette provenance fait partie de la valeur de la pièce.
Les lithographies rehaussées : des œuvres uniques
Il existe, plus rarement, des lithographies que Bernard BUFFET a reprises à la main après le tirage, en les rehaussant à la mine de plomb. Le rehaut désigne cette intervention directe de l’artiste sur l’épreuve imprimée : des traits et des hachures qui s’ajoutent à l’image lithographique. L’épreuve cesse alors d’être un exemplaire parmi d’autres. Elle devient une œuvre unique, exceptionnelle, à mi-chemin entre le dessin et la lithographie.
Torero au fond rouge, vers 1966, en est un exemple. Cette lithographie originale, tirée sur papier vélin d’Arches au format de 75 x 54 cm, a été entièrement rehaussée à la mine de plomb par l’artiste. Elle est numérotée et signée à la mine de plomb, certifiée et répertoriée au catalogue raisonné sous le numéro 100.

Bernard BUFFET
Torero au fond rouge, circa 1966
Lithographie entièrement rehaussée à la mine de plomb, référencée sous le n° 100 du catalogue raisonné
Ces pièces restent rares, et elles doivent être décrites avec précision : mention du rehaut à la mine de plomb, référence au catalogue raisonné, certificat d’authenticité. Comme pour les épreuves d’artiste, le réflexe à avoir est de s’assurer que l’intervention est bien de la main de l’artiste, et de demander la provenance de l’œuvre.
Le coin du collectionneur
Combien ça coûte ? Les estampes signées et numérotées de Buffet se situent dans une fourchette très large. Les petits formats et les pièces les moins demandées se trouvent à partir de quelques centaines d’euros, tandis que les grandes compositions, les séries célèbres et les tirages en couleurs les plus recherchés atteignent plusieurs milliers d’euros.
Où acheter ? En galerie de confiance, évidemment. La Galerie 125 est une référence incontournable pour les lithographies et gravures de Bernard BUFFET, auxquelles elle s’est spécialisée : vous y trouverez des œuvres sélectionnées, décrites avec précision, et un interlocuteur qui connaît l’artiste (voir notre page Acheter dans une galerie de confiance).
Les ventes aux enchères sont aussi une option, mais elles demandent quelques précautions. L’état des œuvres y est très variable : on rencontre souvent des estampes insolées, ou abîmées par un encadrement mal adapté, et il est prudent de demander un rapport d’état et des photos détaillées. Il faut aussi tenir compte des frais, qui s’ajoutent au prix d’adjudication : les frais de vente représentent en général de l’ordre de 30 %, et l’expédition coûte souvent entre 100 et 150 €. Une fois ces frais ajoutés, le prix final est souvent plus élevé que celui d’une galerie spécialisée, qui propose en outre des œuvres en bon état, un conseil personnalisé et, le plus souvent, un certificat d’authenticité. Ce document garantit l’authenticité de l’œuvre et accentue sa valeur en cas de revente.
Sur les plateformes généralistes, soyez particulièrement vigilant (voir plus haut la section sur les reproductions et les faux).
Que demander au vendeur ? La technique, l’imprimeur, la référence dans le catalogue raisonné (le numéro Sorlier pour une lithographie), le tirage et la numérotation, l’état de conservation, des photos nettes de la signature et du verso, ainsi que la remise d’un certificat d’authenticité. Un vendeur sérieux répond à toutes ces questions sans difficulté.
Et la conservation ? Une estampe craint la lumière directe, l’humidité et les cadres en carton acide. Si vous faites encadrer, demandez un passe-partout de conservation et un verre filtrant les UV (nous en parlons dans l’article sur l’encadrement).
Pour aller plus loin
Pour voir ce que Buffet a produit en estampe, le mieux reste de feuilleter les catalogues raisonnés, qui se consultent en bibliothèque ou s’achètent d’occasion. Et si l’envie d’acquérir une œuvre vous prend, découvrez les lithographies de Bernard BUFFET disponibles à la Galerie 125.








