Manipuler et transporter une œuvre d’art sur papier

Comment manipuler une estampe ?

L’article précédent du Guide de l’estampe, conserver une œuvre sur papier, est entré dans le détail de la conservation d’une estampe.

Si vous êtes arrivé sur cette page directement, voici quelques rappels :

Dans l’idéal, il ne faudrait pas manipuler une œuvre sur papier, si tant est, bien sûr, que l’on veuille la conserver en bon état. Mais puisque les œuvres d’art doivent vivre leur vie, et qu’on se les procure pour les apprécier, il n’est pas question de les enfermer dans un cabinet.

Ainsi, manipulez le moins possible vos estampes. Si vous bravez l’interdit, essayez de ne jamais saisir l’œuvre ou poser vos doigts dessus. Aménagez un espace de consultation éloigné de liquides, saletés ou congénères ne partageant pas votre passion pour ce médium fragile.

Lavez-vous systématiquement les mains avant de manipuler une estampe, car la moindre tâche de gras sur le papier se transformera inexorablement en tâche jaune. Maintenez-la de vos deux mains, par les bords opposés. Ne la pincez pas. Après avoir consommé des yeux votre image imprimée, replacez-la dans son environnement protégé. Celui-ci doit être à l’abri des écarts de température et de l’humidité ; les œuvres, quant à elle, doivent être emballées dans du papier permanent (sans acide).

Je ne veux pas donner l’impression de me répéter à ce sujet, mais mieux vaut prévenir que guérir !

Transporter ou expédier une estampe

Comment font les musées pour expédier des œuvres d’art ? Ils prennent d’extrêmes précautions en embauchant du personnel qualifié et du matériel d’emballage aux normes muséales, justement. Cela peut aller très loin… En 2006, la Neue Galerie de New York a acquis un tableau de Klimt pour la somme de 136 millions de dollars. L’œuvre, pour parcourir les États-Unis d’une côte à l’autre, a bénéficié d’un système de coussin d’air installé dans un camion, unique en son genre. C’est comme si le tableau n’avait pas touché le sol pendant les quelques jours qu’ont demandé son expédition.

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Ce qui me permet une belle illustration, sachant tout de même que Klimt ne pratiquait pas l’estampe.

Dans le cas des estampes, de format plus modestes, il arrive souvent que conservateur de musée ou collectionneur emportent l’œuvre en cabine. Tous les moyens sont bons pour ne pas abîmer une estampe puisqu’un choc, sur du papier, est irréversible.

En pratique, voici quelques conseils pour expédier une estampe :

Dans un rouleau. Les œuvres de grand format et relativement fines peuvent dans certains cas êtres roulées. Attention aux estampes formées d’une encre épaisse (comme certaines sérigraphies) dont l’image risque de se craqueler. Le rouleau, donc, se prête bien  à l’expédition d’affiches, par exemple. Recouvrez d’abord l’estampe d’un papier protecteur comme un papier de soie. Insérez-la dans un rouleau large afin d’appliquer à l’œuvre le moins de pression possible. Dès son arrivée à bon port, l’estampe devra être déballée et mise à plat. Le rouleau employé doit être le plus large possible, très rigide (en le pinçant, vous ne devriez pas pouvoir enfoncer le carton) voire recouvert de plastique pour protéger la feuille de l’humidité.

À plat. Bien sûr, je vous recommanderais d’expédier ou de transporter une estampe à plat. Dans ce but, procurez-vous deux feuilles de cartons-plume de bonne épaisseur ou encore deux fines planches de contreplaqué. Celles-ci permettront de prendre l’estampe en sandwich. Cependant, ces matériaux sont acides, il faut donc au préalable bien emballer l’œuvre. Dans l’ordre, couvrez la feuille de papier protecteur, puis d’un plastique. Scotchez l’ensemble à la feuille de carton-plume ou de contreplaqué pour que tout reste en place. Recouvrez de la seconde feuille, scellez au scotch et le tour est joué.

Employez de préférence du scotch repositionnable (ou scotch de peintre) qui se retire facilement. Si par malheur un morceau de scotch s’accroche à l’image… Je ne peux plus vous aider ! Il n’est pas inutile de fournir une « notice de déballage » à votre destinataire, afin d’écarter tout risque d’abîmer l’estampe lors de la réception.

Enfin, il est possible de placer ce paquet dans un carton de plus grande taille, encore plus résistant, voire une caisse en bois. En achetant une estampe venant des USA, lors d’une enchère, on m’a imposé l’envoi dans ce genre de caisse pour des raisons d’assurance. Au moins, il n’y a pas de risque !

Je termine avec ces quelques images, empruntées à Michelle Champetier, montrant comment sont emballées ses estampes avant expédition :