Les techniques d’impression en détail

Pour compléter la présentation générale des trois grandes familles d’estampes, voici la description détaillée de chaque technique d’impression, à savoir la gravure intaglio, l’impression en relief et la planographie (ou impression à plat).

Il s’agit d’une étape importante pour savoir identifier une estampe. En effet, selon la nature de l’embossage sur la feuille, ou empreinte en relief, il nous est possible d’identifier sommairement le type d’impression. Pour chaque type existent une multitude de techniques laissant chacune des marques différentes sur le papier et permettant d’identifier plus avant l’estampe. C’est là que le travail d’enquêteur peut commencer, la technique utilisée révélant l’époque, la difficulté de l’impression, la qualité de celle-ci et, donc, la valeur du tirage.

Certains artistes ont expérimenté des méthodes plus complexes, rares ou disparues. Quant à moi, je me suis borné aux techniques les plus courantes pour ne pas alourdir ce guide.

Impression en relief

Il s’agit de toutes les techniques dont les parties gravées deviennent les blancs de l’image (comme un tampon encreur).

Xylogravure

Conrad Felixmüller, woodcut bloc and print
Conrad Felixmüller, carte de vœu, bloc et estampe (© Auctionata)

Le graveur taille une plaque de bois grâce à différents outils de manière à laisser apparaître le dessin. Il grave en réalité les blancs de la future image, l’encre se déposant uniquement sur les parties laissées intactes du bois.
Pour imprimer en couleur, le premier bloc, le maître, servira à créer les lignes de contour et sera encré en noir. On utilisera un nouveau bloc pour chaque couleur, ce qui rend le processus assez fastidieux. L’essence du bois, la variété d’encre et le type de papier sont autant de variables permettant de créer effet et texture sur l’estampe tirée. Le type de presse utilisé (automatique, manuelle ou encore à la main) permet de varier l’opacité de l’encrage. Enfin, l’estampe japonaise est synonyme de xylographie : elle est toujours réalisée par la taille d’un bois.

Le terme « xylographie » me paraît moins compréhensible que l’allemand ou l’anglais (woodcut) qui laisse entendre que le bois est découpé et non à proprement parler gravé.

Emil Nolde, Prophet, 1912, 32 x 22, éd. De 20 à 30 (© MoMa)
Emil Nolde, Prophet, 1912, 32 x 22, éd. De 20 à 30 (© MoMa)

Gravure sur bois

Le procédé est fondamentalement le même que la xylographie, sauf que la partie du bois utilisée est moins résistante, ce qui permet de le graver avec des pointes et d’obtenir des détails plus fins. À noter que les anglais (« woodcut ») et les allemands (« holzschnitt ») ne font pas la différence entre les deux procédés qui permettent des effets différents.

Linogravure

Ce procédé, apparu tardivement, utilise les propriétés du linoléum (meuble et sans grain) pour obtenir des gravures plus détaillées et lisses. Ce type de matériau permet une gravure aisée et spontanée. Pour produire une estampe en couleur, la première couche d’encre peut être facilement taillée afin de réutiliser le bloc pour la seconde couleur. Parmi les inconvénients relatifs à ce matériau, les tirages successifs usent rapidement le bloc qui ne peut produire plus d’une dizaine de tirages de bonne qualité.

Picasso, Homme barbu, 1962, 35 x 27 cm (©DR) estampe, lithographie, linogravure, gravure sur bois
Picasso, Homme barbu, 1962, 35 x 27 cm (©DR)

 

Impression intaglio

Drypoint etching (© Aqua Inks)Se dit des méthodes dont le trait sur la feuille résulte des lignes gravées et encrées. Les plaques gravées sont faites de zinc ou de cuivre. Fragiles, elles sont souvent renforcées par un processus électrique, l’électroplacage, pour en tirer d’importantes éditions. Ici, vous allez voir, ça se complique un peu.

La gravure (pointe sèche)

Ce qu’on nomme simplement « gravure » fait en fait référence à la plus vieille forme d’intaglio, l’acte de graver sur une plaque de métal à l’aide des outils de l’orfèvrerie. Je rappelle qu’intaglio vient de l’italien « entaille » : il n’y a pas de piège ! La gravure manuelle du métal crée des barbes puisque le matériau n’est pas enlevé mais déplacé, si l’on veut. Ces barbes peuvent être retirées ou conservées (ce qui fait le charme de certaines gravures).
L’avantage de la technique est sa grande précision, permettant des lignes claires, tranchantes et fines, rendant les détails ou les jeux de lumière particulièrement convaincants. C’est cependant un processus difficile qui nécessite de maîtriser des outils et techniques spécifiques, ce qui le rapproche de la gravure sur bois.

Max Beckmann, Selbstbildnis mit steifem Hut, 1921,  53.7 x  41.9 cm, éd. de 50 (©ARS) Estampe, lithogravure, gravure, eau-forte, gravure sur bois
Max Beckmann, Selbstbildnis mit steifem Hut, 1921,  53.7 x  41.9 cm, éd. de 50 (©ARS)

Eau-forte

gravure-3-bain-dacideOn nomme eau-forte l’acide qui permet de mordre le métal à la place des outils utilisés précédemment. La plaque est enduite d’un matériau gras (de l’asphalte par exemple), puis l’artiste dessine à l’aide de pointes. Il ne grave plus directement le métal mais retire, par son trait, l’enduit gras de la plaque. Celle-ci est ensuite plongée dans d’acide nitrique qui va ronger le métal aux endroits dessinés. La plaque est finalement nettoyée, encrée et les épreuves sont tirées.

gravure-3-graisse-grattee-pour-laisser-apparaitre-le-cuivreLe grand avantage de l’eau-forte sur la gravure vient de ce que l’artiste n’a plus besoin de graver mais peut dessiner sur l’enduit qui oppose peu de résistance. Le processus est indirect et plus complexe, mais donne moins de travail à l’artiste (mais davantage à l’imprimeur !)

Différents bains successifs permettent d’approfondir la morsure de la plaque et d’intensifier le trait sur l’estampe produite.

La technique de l’eau-forte est souvent combinée aux techniques qui suivent pour travailler la texture et les nuances de gris. Ces techniques partagent le même principe.

Aquatinte et mezzotinte (ou manière noire)

Ces deux techniques sont utilisées pour travailler les nuances de ton (des points) plutôt que les lignes de manière à remplir des espaces définis en niveau de gris.

L’aquatinte est réalisée en saupoudrant la plaque de résine en poudre. La résine est ensuite solidifiée par la chaleur et la plaque plongée dans l’acide. L’acide va mordre la plaque autour des minuscules grains que constituent la résine.

La manière noire, quant à elle, se rapproche davantage de la gravure en direct (pointe sèche) puisqu’elle emploie une sorte de lame composée de multiples pointes venant imprimer la plaque de trous permettant de retenir l’encre (l’acide n’est pas employé). Depuis l’apparition des techniques photographiques, la manière noire est tombée en désuétude, du fait de la grande difficulté de la technique.

Photogravure

Contrairement aux techniques précédentes, manuelles, la photogravure ne résulte pas du dessin de l’artiste mais du transfert d’une image par un procédé chimique. On utilise toujours une plaque de zinc ou de cuivre. La morsure de l’acide, elle, produit les rosaces typiques des procédés de reproduction photomécaniques.

Impression planographique

Le terme « planographique » signifie simplement que l’image est transférée d’un support plat, contrairement aux gravures en relief et intaglio qui embossent le support gravé. Les deux procédés majeurs sont la lithographie et la sérigraphie.

Lithographie

pierre lithographiqueLa lithographie, ou gravure sur pierre – bien qu’il ne s’agisse pas toujours de gravure -, est l’action de dessiner sur une pierre calcaire à l’aide d’un corps gras. La pierre est ensuite enduite d’un fixateur et lavée à l’eau. La technique repose sur le principe d’incompatibilité entre l’eau et la graisse, l’encre ne restant que sur la surface dessinée. La pierre est ensuite encrée, et l’estampe tirée.

lithographie-villa-31Cette méthode, très employée, procure une liberté totale à l’artiste qui peut utiliser les différents instruments et techniques du peintre. La pierre peut aussi être gravée ou grattée pour obtenir différents effets.

On peut différencier, sur le papier, la vraie litho de la reproduction moderne en ce qu’elle ne présente pas les rosaces propres à l’offset ainsi que par son odeur d’encre caractéristique.

La plaque de zinc ou le papier transfert peuvent jouer le même rôle et sont parfois préférés à la pierre par leur facilité d’usage. Une pierre lithographique s’avère très lourde et difficile à manipuler, surtout dans le cas d’estampes composées de plusieurs couleurs, où une pierre est employée par couleur.

Maurice Estève, Péribule, 1957, 49 x 68 cm, éd. de 1000 (©Champetier) Estampe, lithographie, gravure sur bois, eau-forte, art
Maurice Estève, Péribule, 1957, 49 x 68 cm, éd. de 1000 (© Champetier)

Sérigraphie

silkscreen sérigraphieLe principe de la sérigraphie est celui du pochoir. L’écran constitué de soie (séri) permet de définir les zones qui ne seront pas encrées. Pour chaque couleur est utilisé un pochoir, ou écran (screenprint en anglais), découpé selon la forme désirée. Ce procédé est très bon marché et plutôt simple d’utilisation et de prise en main. Il a permis la démocratisation de l’art imprimé (pensons à Warhol et Lichtenstein dont les œuvres ont été tirées à plusieurs milliers d’exemplaires) et a donné la capacité de production suffisante pour soutenir l’industrie capitaliste naissante (pour la réalisation d’affiches, de t-shirt, etc.)

Estampe, lithographie, gravure sur bois, eau-forte, art Ivan Rabuzin, Two Flowers, 60 x 50 cm, éd. de 150 (© Bertrand)
Ivan Rabuzin, Two Flowers, 60 x 50 cm, éd. de 150 (© Bertrand)
Share Button
CatégoriesNon classé