Les ennemis du papier

Nous en avons déjà un peu parlé dans l’article Conserver une oeuvre sur papier, mais j’aimerais revenir sur les différents dangers  pour le papier ainsi que leurs solutions de restauration.

EnnemisSolutions
litho déchirée papier abimé
L'humain. Premier ennemi de taille : nous, les humains. Les estampes, avec le temps, sont perdues, détruites, abimées, mal conservées et encadrées ou manipulées sans soin.
estampe litho restaurée
Pour lutter contre les empreintes sur le papier dues à la manipulation, différents bains permettent d'aplanir l'estampe.
Les déchirures ou lacunes sont comblées par différentes techniques et l'estampe recollée sur un support solide comme le papier Japon.
Ce dernier est très utilisé en restauration, preuve ses propriétés exceptionnelles en terme de solidité et de durabilité.


hans bellmer gravure
Le papier. Ou plutôt son acidité inhérente, due à la dégradation de la lignine, particule composant le bois et le papier. Les papiers permanents (sans acide) sont expurgés de leur lignine. Au bout de quelque temps, le papier acide jauni et se parsème de tâches rousses (foxing).
hans bellmer gravure jaunie
Cette gravure d'Hans Bellmer présente un jaunissement particulièrement visible au niveau du point de contact avec le passe-partout. Dans cet exemple, le bain aqueux n'est pas suffisant, la restauratrice emploiera une solution acide. Le résultat est convaincant !

Sonia Delaunay lithographie
La lumière. L'exposition directe à une source de lumière comme le soleil ou une lampe électrique trop forte entraîne une photo-oxydation se traduisant par un jaunissement, une décoloration ou des rousseurs.
Robert Delaunay sérigraphie
Comme l'oxydation par l'acide, la photo-oxydation nécessite le recours à des bains chimiques permettant tout de même de largement rattraper les dommages causés à l'œuvre.
Cette estampe de Sonia Delaunay laisse apparaître une oxydation due à l'exposition à la lumière que l'on observe en haut et en bas, au niveau du passe-partout, où le papier a gardé sa teinte d'origine.

Les causes biologiques. Parmi celles-ci figurent les insectes, d'un côté, qui vouent la même passion que nous pour le papier. Et les champignons, c'est-à-dire la moisissure due à une exposition à l'humidité.
Et bien d'autres… La pollution atmosphérique comme les particules de diesel ou la fumée sont encore d'autres causes dont l'exposition sur la durée met en danger les œuvres sur papier. Je préfère m'arrêter là avant d'évoquer les incendies, inondations et tous les nuisibles que je n'ai pas évoqués (cafards, rats… chiens et chats !)

Quelques règles de restauration

  • La première étape d’une restauration est le diagnostic : identifier l’oeuvre concernée, l’artiste, la période ainsi que les différents dommages. Chaque tirage se trouve dans un état de conservation unique et nécessitera une réponse adaptée.
  • Autant que faire se peut, le restaurateur emploiera des matériaux n’aggravant pas la conservation, c’est-à-dire sans acide. Le respect de l’oeuvre passe par son étude pour en connaître l’histoire de la fabrication afin d’éviter les anachronismes. Quand c’est possible, il s’inspirera des techniques d’époque sans s’interdire les procédés et matériaux modernes.
  • La restauration se doit d’être réversible. Le restaurateur se prémunit ainsi contre la maladresse, l’erreur ou l’évolution des techniques.
  • Le professionnel établit un dossier de restauration où sont documentées les opérations effectuées sur l’oeuvre d’art.

Les images de cette pages proviennent de l’atelier de restauration Béatrice de Clédat.

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