Guide du papier (partie 1)

« Il n’y a pas de beau papier dans l’absolu, il y a un seul papier qui convient à une œuvre. Et tout l’art de l’imprimeur est de le trouver. »

G. Steidel, éditeur et imprimeur.

Dans cette section du guide de l’estampe, j’aimerais m’intéresser au papier, qui compose 99% de la masse des œuvres d’art qui nous intéressent et s’avère être un fascinant support. Suivez le guide !

L’univers du papier est une invitation au voyage. Voyez par vous-même : papier d’Arches ou du Moulin du Gué, papier de Hollande ou du Japon. On s’y croirait encore plus quand la feuille est devant nous, prête à être toisée, touchée et humée.

Toutes les illustrations de cette page sont issues du magnifique livre de Silvie Turner, amatrice de beaux papiers.(lien)

Accéder à la partie 2 du guide du papier.

Triez vos papiers

Les types de papiers peuvent être divisés en plusieurs groupes selon leur origine, leur composition et leur fabrication :

Deux camps s’affrontent : les papiers occidentaux (la France en tête) et les papiers orientaux (le fameux Washi japonais).

Le papier occidental est presque toujours composé à 100% de coton. Cependant, certains fabricants y adjoignent du lin ou d’autres matières afin d’en modifier les propriétés.

Le processus de fabrication, enfin, joue un grand rôle dans la qualité et le type de papier. Trois processus coexistent : la fabrication à la main, la fabrication en machine (reproduisant la fabrication « à la main ») et la fabrication moderne en machine. C’est le second procédé, provenant de la machine à papier du XIXème, qui est principalement utilisé pour l’estampe.

Papier vélin, papier vergé…

papier vergé, Estampe papier vélin comparaison
À gauche, le vélin et sa texture homogène. À droite, les traits horizontaux papier vergé.

Les termes « vélin » et « vergé » se rapportent au processus de fabrication. Le papier est dit vergé si l’on voit, au travers, les traits horizontaux laissés par les vergeures (ou fils de laiton) du cadre permettant de former la feuille. Le vélin, quant à lui, imite la peau de vélin (ou veau mort-né), très prisée, traditionnellement, pour la fabrication de beaux livres et de reliures.

En bref, l’un est texturé, le vergé (laid en anglais) et l’autre est lisse, le vélin (wove, toujours en anglais).

Parmi les papiers les plus raffinés, on trouve le papier japonais washi décliné en un nombre incroyable de variétés. On peut tout de même en dégager trois catégories : papier japon impérial, nacré ou mat selon la tonalité souhaitée. Le papier japon est composé de kozo, ou fibre de murier. On le reconnaît par ses longues fibres qui lui confèrent un caractère très solide. On me souffle que Rembrandt aurait été le premier artiste européen à utiliser ce papier pour ses gravures.

Les papiers pour estampes

Comment choisit-on un papier adéquat pour réaliser des estampes ? Pour que les différents tirages d’une édition soient aussi proches que possible et pour que la feuille supporte plusieurs impressions (pour chaque couleur), le papier utilisé doit être homogène, stable et durable. Pour ces trois raisons, le papier fait au moule est largement préféré. La plupart du temps, c’est le vélin qui est employé, provenant des moulins traditionnels d’Arches ou de Rives.

Voyons leurs caractéristiques en détail :

Moulin du Gué Papier Vélin ArchesMoulin du Gué, Rives de lin. Il s’agit d’un papier conçu spécialement pour les techniques de gravure intaglio. Il est composé à 85% de coton et à 15% de lin, ce qui lui confère une très bonne restitution des couleurs ; il est ainsi utilisé pour la sérigraphie. Les trois fleurs du filigrane symbolisent le lin, présent dans la constitution du papier ; elles sont accompagnées des mentions « Moulin du Gué ».

BFK Rivers papier VélinBFK Rives. Particulièrement versatile, ce papier dispose d’une surface couchée, légèrement absorbante. Moins apprêté, il s’avère plus blanc que le vélin d’Arches.

Vélin d’Arches. Probablement le plus réputé et le plus utilisé des vélins, le papier d’Arches est utilisé pour toutes les Vélin d'arches papier vergétechniques de l’estampe, jusqu’à l’aquarelle. Il est composé à 100% de coton et fabriqué selon les règles de l’art, sur le site du moulin d’Arches, près d’Épinal.

Le symbole : le huit couché, ou symbole de l’infini, est employé depuis les années 80 par la majorité des grands fabricants de papier d’art. Il indique une très longue conservation du papier, certifié sans acide (au pH neutre). On l’appelle aussi papier permanent ou « Archival paper » en anglais.

Comment identifier une feuille de papier ?

Nos cinq sens sont mis à profit pour identifier une feuille de papier en nous renseignant sur sa durabilité, sa fabrication, son type et sa valeur.

En saisissant la feuille, on est vite renseigné sur le poids du papier, c’est-à-dire son grammage, son épaisseur et sa texture. Cette dernière nous indique si la surface du papier a été aplatie par des rouleaux ou laissée à son état naturel.

Il faut ensuite observer la feuille, à l’œil nu puis à la loupe, et à travers une source de lumière. On en reconnaît principalement la texture, la fibre employée, ainsi que sa taille. Cela permet de connaître grossièrement la résistance et la longévité du papier. En effet, plus les fibres sont longues, plus le papier est résistant et durable.

Le son que fait le papier quand on l’agite nous renseigne sur sa fabrication. Plus le son est aigu, plus les fibres ont été battues (pour être réduites en pâte à papier) et plus la feuille a été aplatie sous le rouleau.

Il ne faut pas oublier de vérifier les deux côtés du papier, pour voir s’ils présentent une différence de finition.

Enfin, il nous reste deux sens : l’odorat et le goût. Si le papier sent, c’est souvent à cause de l’humidité et ce n’est jamais bon signe ! Par ailleurs, vous pouvez toujours humecter le papier d’un coup de langue pour observer la manière dont il absorbe l’humidité. Pas sûr qu’on vous laisse le faire lors d’une exposition de vente.

Dernière solution, non des moindres, vous pouvez regarder la fiche technique de la feuille, qui vous renseignera sur tous les aspects du papier sans devoir passer pour un margoulin dans la boutique de beaux-arts.

Fabrication du Washi, papier japonais d’une extraordinaire robustesse

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© Sauf indication contraire les images proviennent The Book of Fine Paper de Sylvie Turner

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